Les crevettes tropicales, appelées communément des scampi, rendent notre cuisine délicieusement exotique. Mais quel est l’impact de la popularité croissante de ce mets pour les régions d’où il provient ? En Équateur, les crevettes se reproduisent et se développent naturellement dans les grandes forêts de mangroves qui longent la côte. Ces forêts de mangroves protègent la population locale des tempêtes et des raz-de-marée et constituent également un lieu de reproduction pour d’innombrables oiseaux, poissons, crustacés et autres animaux marins. Or, la popularité des crevettes a amené les éleveurs équatoriens à raser ces forêts pour faire place à leurs fermes. Aujourd’hui, quelques producteurs agissent aux côtés des communautés locales pour protéger et replanter ces forêts.

Les forêts de mangroves sont vitales pour les communautés côtières locales. Grâce à un réseau de racines dans l’eau le long du littoral, où les marées apportent régulièrement de l’eau fraîche, les mangroves offrent des conditions idéales pour la croissance des jeunes larves de crevettes et d’autres animaux marins. Mais aussi pour d’innombrables oiseaux. Toute cette vie constitue une source importante de nourriture et de revenus pour les habitants.

En outre, les mangroves constituent un rempart naturel contre les effets du changement climatique. Dane Klinger est le Directeur Aquaculture de l’organisation à but non lucratif Conservation International qui œuvre à la conservation de la nature et de la biodiversité dans plus de 40 pays. « Les mangroves protègent contre les raz-de-marée, l’érosion et les violentes tempêtes, qui sont de plus en plus fréquentes. Les scientifiques estiment qu’une forêt de mangrove peut potentiellement stocker dix fois plus de CO2 que les forêts situées plus à l’intérieur des terres. »

  • « On estime qu’une forêt de mangrove peut stocker dix fois plus de CO2 que les forêts situées plus à l’intérieur des terres. »

Le fait que les zones de mangrove se prêtent si bien à l’élevage de crevettes a eu un effet négatif pendant des années. « Quand nous avons démarré notre entreprise en 1977, nous avons vu des fermes environnantes abattre des mangroves pour créer des bassins destinés à l’élevage. » Sandro Coglitore, directeur général de la plus grande ferme de crevettes tropicales roses du monde, à Guayaquil, en Équateur, prend la parole. Plus de 450 000 larves de crevettes sont élevées ici chaque mois. «En 2014, notre ferme a été la première au monde à être certifiée ASC», indique fièrement Sandro Coglitore.

Des règles strictes s’appliquent pour obtenir et conserver cette certification. Par exemple, les fermes doivent être en mesure de prouver qu’aucune mangrove n’a été coupée depuis 1999. « Si vous l’avez fait – ou ne pouvez pas prouver que vous ne l’avez pas fait – vous devez être en mesure de prouver que vous avez planté de nouvelles mangroves », explique Sandro Coglitore. La ferme fait tout pour limiter son impact. « Au fur et à mesure que nous nous sommes développés et avons acquis d’autres élevages à proximité, nous avons investi de manière proactive pour replanter des mangroves. Depuis 2007, nous avons reboisé plus de 100 hectares, même si cela avait pour conséquence que nous devions redonner des bassins productives à la nature. »

Les raisons pour lesquelles les mangroves sont importantes sont évidentes. Ces forêts sont des remparts contre le changement climatique. D’innombrables oiseaux, poissons, coquillages et crustacés y prospèrent. De plus, les racines des forêts de mangroves servent de refuge aux jeunes plantes coralliennes menacées d’extinction. Sans les mangroves, le corail blanchit et meurt. En bref, elles sont essentielles pour la nature, les habitants et la biodiversité. Mais l’élevage de crevettes respectueux de la nature est-il la seule solution pour protéger les mangroves ?

Dane Klinger : « La déforestation des mangroves existe toujours dans de nombreux endroits. Par le passé, elles étaient souvent rasées pour faire de la place aux élevages de crevettes mais aujourd’hui encore, elles sont exploitées par les habitants qui en utilisent le bois comme combustible, ou pour le développement des activités humaines, alors que nous devons vraiment protéger les forêts de mangrove existantes autant que possible. » En Équateur, le programme « Socio Manglar » a été créé précisément à cette fin. Les communautés locales sont récompensées pour leurs efforts en faveur de la protection des mangroves. Ainsi, en plus des exploitations certifiées ASC, les organisations locales et la population assurent le rétablissement durable de la zone de mangrove.

  • « Nous aidons également la communauté en termes de sécurité, de signalisation et de surveillance des forêts. »

Alors que des organisations telles que Socio Manglar travaillent d’arrache-pied pour protéger les mangroves, certaines fermes aquacoles redoublent d’efforts en créant des emplois autres que la coupe des forêts de mangroves. Sandro Coglitore : « Nous aidons également la communauté en termes de sécurité, de signalisation et de surveillance des forêts. D’autres projets comprennent des initiatives telles que la construction d’un puits d’eau souterraine sur la petite île de Puná, où il n’y avait auparavant aucun approvisionnement en eau potable. Les habitants devaient acheter de l’eau à des camions-citernes qui se rendaient sur l’île, après quoi ils devaient la transporter jusqu’à leur domicile. Ce n’est plus le cas. »

« Les éleveurs de crevettes ne sont pas les seuls à contribuer à la déforestation », déclare Dane Klinger. « Mais ces producteurs assument leurs responsabilités. » En s’associant avec les gouvernements, les communautés locales et les acteurs internationaux tels que l’ASC, ils peuvent lutter contre la déforestation des mangroves et aider les communautés locales à prospérer. Les crevettes certifiées ASC élevées de manière responsable que vous achetez ici sont donc non seulement idéales pour préparer un délicieux plat de curry, de fruits de mer ou une salade, mais elles contribuent également à la préservation de la nature, de la vie aquatique et à l’avenir des communautés à l’autre bout du monde.

 

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